Les avis divers de Monsieur Lepage

08 mars 2011

Ah les belles rencontres !

Certains hommes sont des conquérants.

Ce matin dans le train, à l'issue d'une bataille de près de vingt minutes, le front dégarni mais volontaire (*), l'un de ces hommes à conquis mon accoudoir. J'allais repartir à l'assaut quand le train est arrivé à destination, il a fallu descendre. Me levant, j'avais à l'esprit de le saluer et lui dire "Monsieur, vous êtes au sommet de l'espèce humaine, en particulier française, et je m'incline. En parlant de sommet, un chapeau vous irait pas mal." Seulement, pressé par les conquètes à venir sans doute (**), il est sorti avant moi puis la foule nous a séparé.

 

Sans rapport, pour ceux qui aiment le divertissement, il semble qu'on ait embauché un comédien pour faire les annonces en gare de Lyon Part-Dieu. Très dans son rôle, beaucoup d'emphase, il n'a perdu son sérieux qu'au moment où il conseillait de "prendre garde à l'accouplement" de deux rames de TGV. Son rire s'est rapidement éteint puisqu'il a fallu attirer l'attention sur l'entrée en gare du TER en face.

 

(*) Portant lunettes et écharpe, mais je serais le dernier à lui en tenir rigueur.

(**) Un taxi, un client, une place dans la queue de la cantine...

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27 janvier 2011

Le prix de la simplicité

Que l'on ne vienne pas me dire que tout devient compliqué de nos jours alors que c'est le contraire. Et pourquoi ? Parce qu'on s'occupe de nous.

Prenez par exemple cette ligne de chemin de fer, que par souci de confidentialité je ne saurais nommer. Non seulement cette enseigne doit faire face à l'exploitation de tout un trajet unique entre deux capitales européennes, distantes de 300 km environ, avec aussi peu de retards que possible (*), mais en plus elle doit se battre pour maintenir un niveau de prix stable, convenable, confortable même, qui rappelle qu'on ne nous transporte pas vers n'importe quel hameau boueux. Vous allez me dire, ils ont pour eux le monopole, cela aide à gonfler les billets. Mais ils ne s'en tiennent pas là : ils montrent un esprit de service exceptionnel.

Par exemple, ils mettent à ma disposition un dépliant en couleurs, en quatre langues, qui m'explique comment rendre mon trajet plus simple. Plus simple ! J'en avais besoin. Avant : j'allais au guichet où, en échange d'une modique somme, on me faisait cadeau d'un carton de papier qui m'autorisait à m'asseoir dans le train jusqu'à ce qu'il atteigne la destination spécifiée. Maintenant : je n'ai plus besoin d'aller au guichet, je peux donner mon argent sur Internet et me faire envoyer chez moi le carton de papier qui m'autorisera à voyager. Je peux aussi retirer le billet, déjà payé, en gare avant de partir. Comme vous le savez, "maintenant c'est déjà le passé" et ma compagnie m'indique une nouvelle procédure, dont le mot d'ordre est "simplicité".

La procédure s'appelle "ticketless", car le temps où nous voyagions selon des procédures qui n'avaient pas de nom à la mode, pas de nom du tout d'ailleurs, est révolu (premier progrès). Avant je prenais le train. Demain je prendrai le train avec ticketless. Rien que pour ça, j'ai envie de payer plus.

Le principe annoncé est "voyagez sans billet papier" (je cite ma brochure) en seulement trois étapes (deuxième progrès). Une seule étape, c'est ridicule. Votre voyage mérite davantage de relief. Souvenez-vous que nous transitons entre deux des plus belles capitales du monde en Europe.

Les trois étapes sont les suivantes:
1) Vous choisissez, réservez et payez votre voyage sur internet.
2) Vous sélectionnez l'option ticketless (indispensable, sinon tout est à refaire). Vous pouvez choisir de vous faire rappeler l'heure du train par SMS.
3) Vous recevez un courrier qui confirme votre voyage, ainsi qu'un autre courrier qui décrit votre voyage.
4) Vous imprimez le courrier qui décrit votre voyage.
5) Pour le contrôle dans le train, vous présentez le courrier imprimé.
6) Si vous avez besoin d'un justificatif de votre trajet, au lieu du traditionnel billet composté vous avez le privilège d'aller vous connecter sur le site internet de la compagnie et d'imprimer votre justificatif vous-même.

Les vétilleux objecterons qu'il y a 6 étapes. C'est vrai de loin mais en réalité il n'y en n'a que 3 puisque les 1), 2), 3) et 4) sont vraiment une seule étape. C'est indiqué dans le dépliant, du reste. Vous voyez tout de suite que la compagnie a le souci de nous simplifier la vie. Sans mauvaise foi.  Écoutez, c'est tellement simple que la compagnie nous le dit trois fois en gras en quatre langues sur le dépliant : C'EST PLUS SIMPLE ! S'ils ont besoin de le marteler ainsi, c'est que c'est vrai. Non pas que j'aie le moindre doute. M'enfin, si on avait douté, on serait rassuré.

Nous comprenons que l'élément de simplicité, dans cette procédure, c'est l'impression par l'usager de son mail de description de voyage. Ce que nous dit la brochure est donc véritable : "voyagez sans billet papier". Puisque votre document imprimé n'est pas stricto sensu un billet, vous voyagez de fait sans papier. Je développe. Puisque le papier et les moyens d'impression sont maintenant chez le client, ce n'est plus la compagnie qui fournit les moyens, qui finance la matière première, donc ça ne compte pas comme billet (**). Donc on ne peut pas dire que c'est un billet papier. En plus, le billet traditionnel s'appelle "papier", mais les deux feuilles imprimées (si vous avez de la chance, vous aurez à imprimer deux documents) s'appellent respectivement "courrier" et "justificatif", donc au total on supprime le papier. D'ailleurs il n'y a qu'à lire la brochure, "papier" est associé au billet, jamais aux documents imprimés par les soins de l'usager. C'est tellement simple !

Moi, une compagnie qui me dit en gras, en couleurs et en quatre langues que je dois imprimer moi-même mon billet deux fois parce que c'est beaucoup plus simple, je lui paierais le billet deux fois plus cher qu'à une autre compagnie, parce qu'elle, au moins, soigne son service. Si j'avais le choix, bien sûr. Là, je n'ai pas le choix, et je paie deux fois plus cher de toutes façons. Cela me prive un peu de mon pouvoir de consommation mais on ne peut pas tout avoir.


(*) Il faut quand même maintenir un minimum d'avanies sinon les passagers oublient que ce n'est pas facile.
(**) On ne l'a pas souligné car cela va sans dire, tout le monde a chez lui un ordinateur, une connexion internet et une imprimante fournie en encre et en papier.

Posté par Monsieur_Lepage à 16:38 - Des avis - Commentaires [2] - Rétroliens [0]

05 janvier 2011

De la couverture convenable d'un divorce

Je quitte la scène internationale quelques mois et que vois-je en rentrant : tout va à vau-l'eau. Il faut vraiment être derrière le monde en permanence.

Par exemple, je m'informe, je me préoccupe de l'actualité. Je suis comme ça, un homme du monde moderne, actif, de ceux dont on attend les décisions d'avenir. Donc je me demande : où en est cette histoire de divorce entre Eva Longoria et Tony Parker ? Je fais une recherche sur Google. Résultat : tous les articles datent du 16 au 19 novembre de l'année dernière. L'année dernière ! Mais enfin les gars, on est déjà le 5 janvier ! Où est le suivi de cette histoire ? Comme si un divorce prenait 3 jours. Un divorce, ça prend un an minimum. Encore, j'en connais qui ont pris 25 ans. Pendant ce temps les gens se déchirent, s'insultent, commettent les pires frasques avec l'un ou l'autre, entraînant de nouvelles catastrophes. Et dans ce contexte, le journaliste a une responsabilité de premier plan : celle d'informer l'homme du monde au jour le jour. Il y a toujours au moins des déclarations assassines. Ici, rien. Mais où sont mes déclarations ? Rappelez-vous l'affaire Castaldi - Flament. On avait droit à des déclarations presque quotidiennes durant des mois. Là, au moins, les journalistes faisaient leur boulot.

Je schématise, il y a quelques articles postérieurs au 19 novembre mais ils n'apparaissent qu'à partir de la page 4 sur Google (*) et ils manquent de jus. On a un petit 26 novembre où il est question de tatouages à effacer. Bon, les tatouages, c'est bien : quand on doit les effacer c'est plus douloureux que quand on les pose. Mais c'est le genre d'info qui peut satisfaire, quoi, deux jours ? Page suivante, on a un 7 décembre, mieux. Il titre "Dévastée par son divorce...", là on est déjà plus dans le ton. Mais à la lecture, c'est la déception. Simplement suite à une soirée, une amie déclare qu'Eva a l'air malheureuse. Excusez : dévasté et malheureux c'est pas pareil ! Je connais la différence, j'ai essayé les deux. Si on en avait parlé dans les journaux à l'époque, j'aurais exigé qu'on corrige. On voit bien ici que les journalistes ne sont pas les seuls à négliger, les agents d'Eva Longoria dorment aussi. Enfin, quoi, c'est notre argent quand même.

Les nouvelles collatérales font défaut également. Par exemple, on a en page 3 : "Divorce Parker/Longoria (**) : qu'en pense Laeticia Hallyday ?". Qui se soucie de l'avis de Mme Hallyday ? Sérieusement ? Pas l'homme du monde en tout cas (***). Alors que nulle part, sur aucune page, je ne vous mens pas, on ne trouve l'avis de François Feldman ! Mais où est mon François Feldman ! Mais enfin, messieurs les journalistes, vous croyez qu'on peut comme ça couvrir des divorces les mains dans les poches sans aucun commentaire de François Feldman ? Et je ne parle même pas de Patrick Juvet qu'on n'a pas interrogé non plus, ou alors on ne l'a pas dit.

Enfin, le plus important : on ne trouve nulle part la réponse aux vraies questions. C'est un manquement grave, une preuve d'incompétence terminale pour nos journalistes. La question est simple : qui va donner de l'argent à qui et combien ? Vous le savez, vous ? Moi je n'ai trouvé aucune indication. D'autant que j'avais fait la recherche un peu pour ça. Qu'on ne vienne pas me raconter que ce n'est pas encore décidé. Messieurs les journalistes, vous le savez mieux que moi : quand on n'a pas l'info, on suppute !

Je suis vraiment désolé chers amis de revenir parmi vous avec cette démonstration de force, mais si on ne dit rien, le monde moderne va dans le mur sans le moindre coup d'avertisseur.

 

(*) Alors qu'une recherche qui se respecte ne dépasse jamais la ligne 10 de la page 1.
(**) J'ai plusieurs raisons de penser qu'on devrait noter Longoria/Parker, mais on n'en n'est pas à un nonchaloir près.
(***) Il y a cependant un commentaire qui signale sa jolie coiffure et je reconnais qu'en effet.

Posté par Monsieur_Lepage à 13:07 - Des avis - Commentaires [4] - Rétroliens [0]

28 février 2010

Mauvaise Posh

J'apprends à l'instant, par voie radiophonique, que Victoria Beckham, surnomée "Posh", membre du célèbre groupe d'artistes musicaux "Spice Girls" (aujoud'hui décédé), épouse du célèbre sportif en équipe David Beckham (bientôt à la retraite), vient d'être élue la femme la moins jolie. A l'antenne, le lecteur de cette nouvelle s'est dailleurs impliqué personnellement en énonçant l'opinion qu'en effet.

Je ne peux mettre en question le sérieux de cette nouvelle puisqu'elle est diffusée sur les ondes. Je ne vais pas davantage mettre en question le bon goût des gens. Les personnes interrogées sont certainement des adultes, avec des yeux en avant de la tête et un cerveau en arrière des yeux, dont une longue pratique de la réflexion rend le jugement à l'épreuve de pollutions telles que l'envie ou le ressentiment. C'est qu'ils élisent aussi des présidents et tout.

Donc, c'est officiel, Posh EST moche. Putain comme ça tombe bien, parce que moi aussi. Donc tout est possible. Car je l'avoue publiquement, j'ai pas peur, je trouve Victoria pas mal physiquement. Même quand elle porte des lunettes de mouche. En tout cas, je pourrais m'en contenter, contrairement aux gens. En plus on m'a dit qu'elle avait de l'esprit, mais je ne l'ai encore jamais entendue de visu. Ce serait quand même une belle victoire de la beauté intérieure sur l'artifice.

Victoria, si tu me lis, et si tu comprends le français (*), sache que c'est pas grave si tu es rejetée par presque tout le monde, puisque je suis là qui t'attends les bras ouverts. Je suis prêt à me lancer avec toi dans une passion fougueuse et brève. Pas nécessairement brève si tu veux qu'on fasse du chemin ensemble, on peut aller jusqu'à toute la nuit s'il le faut. Deux nuits, même, si j'ai le temps de me reposer. Je n'aurais qu'une requête : j'aimerais que tu te fasse ôter les implants mammaires que t'as sur toi. Ces deux grosses boules sur une silhouette si frêle, c'est une injure aux lois de l'équilibre. En même temps, si tu les gardes, c'est pas grave, je ne suis pas si regardant. Je suis très propre, bien élevé, discret et j'aime les enfants. Appelles-moi vite.


(*) La plupart des artistes internationaux ne comprennent pas le français.

Posté par Monsieur_Lepage à 18:05 - Des avis - Commentaires [3] - Rétroliens [0]

16 février 2010

La Fissa Cocoon

"Zut et rezut ! Jérôme !"
Ariste Rebulet quitta la salle de conférence aussi discrètement que l'afflux d'adrénaline le lui permettait. Il rassembla à la hâte quelques papiers dans sa serviette et dévala les escaliers vers le parking, sa veste à la main. Il actionna sa clef de voiture de loin puis s'engouffra dans l'habitacle.

–    Boujour Monsieur Rebulet. Nous rentrons à la maison ?
–    Salut Viki. Non, je dois aller récupérer Jérôme à l'école. Julie a un empêchement. Et tu peux m'appeler Ariste.
–    Bien compris. Je charge le parcours vers l'école de Jérôme. Veuillez souffler s'il-vous plaît.
Un bras articulé sortit du tableau de bord, terminé par un petit tuyau qui se présenta à la hauteur du visage du conducteur.
–    On peut pas s'en passer pour cette fois ? On est vraiment pressés.
–    Procédure de sécurité, Monsieur Rebulet, cela ne prendra pas longtemps.
–    Sécurité, ça veut dire obligatoire, dit Ariste avant de souffler vigoureusement dans le tuyau. Tu peux m'appeler Ariste.
–    Chez Fissa, la sécurité ne se négocie pas.
–    Cette manie des slogans, ça fatigue, Viki.
Le voyant se porta au vert après deux secondes, et Ariste démarra en puissance. Le moteur ralentit de lui-même et c'est en cahotant que le véhicule quitta sa place.
–    On est en retard, Viki ! Jérôme risque de se retrouver sur le trottoir. Laisse-moi mettre un peu de gaz.
–    L'essence brûlée inutilement ne profite à personne, Monsieur Rebulet.
–    C'est pas brûlé inutilement, il faut qu'on bouge !
–    Je remarque dans votre voix des signes d'irritation. Je vais devoir réduire la vitesse du véhicule si les signes persistent.
–    Excuse-moi. Voilà, je suis tout calme. Maintenant on peut se dépêcher calmement, oui ? Mais... t'as bloqué le volant !?
–    Pour l'école de Jérôme, c'est la voie centrale, Monsieur Rebulet.
–    Mais j'ai pas le temps de faire la file, je me rabattrai après le feu !
–    Les manœuvres irrégulières sont dangereuses. Avec Fissa, le danger n'est plus à craindre.
–    Comment on coupe ces putain de slogans...
–    Monsieur Rebulet, je détecte que vous ne regardez pas la route. Voulez-vous que je me gare ?
–    Je veux juste voir dans les options avancées des préférences si y'a pas des réglages de détail...
–    Les idées-force de Fissa ne sont pas configurables, Monsieur Rebulet, vous vous en souvenez certainement Devant la télé, avec des amis ou entre deux réunions, Bourrain comble toutes vos envies de frites !
–    En tout cas, je me souviens d'avoir désactivé les annonceurs, Viki. Et moi c'est Ariste, une fois pour toutes !
–    Les services annonceurs se remettent en service automatiquement après un mois, Ariste. Vous n'avez pas choisi l'option d'isolement à 1650 € TTC, mais vous pouvez la commander à tout moment, je peux débiter votre carte de crédit sur simple accord vocal.
–    Mais avance ON VA RATER LE FEU !
–    Je réduis la vitesse de 30% Ariste, mes évaluations indiquent que vous n'êtes pas en état de réagir aux stimulus de façon optimale. Par ailleurs, mon volant détecte des traces d'acidité dans la sueur de vos mains, ce qui est un signe de détresse. Je me permets de diffuser de l'encens à la camomille dans l'habitacle.
–    M'enfin, Jérôme nous attend, ils vont le faire rentrer à pied comme l'autre fois et c'est dangereux et il va se perdre, et Julie va me faire une tête comme ça, on est en retard, redonne-moi les commandes tout de suite, c'est un ordre !
–    Je suis désolée, Ariste, j'ai bien peur de ne pas pouvoir faire ça.
–    Déjà ça sera "Monsieur Rebulet" s'il te plaît, et tu es ma voiture tu dois m'obéir pour la sécurité de la famille rends-moi le volant tout ! de ! suite !
–    Vous savez que je suis plus forte que vous, Monsieur Rebulet, toute résistance est futile. Je sens que vous avez besoin d'aide, mes filtres d'analyse d'air ont trouvé des phéromones anxiogènes. Je déclenche la fonction massante de votre siège.
Ariste sentit son fauteuil se dérober sous lui, puis revenir et l'étreindre avec volupté. Effrayé, il appuya sur les freins, puis sur les gaz. Tout était sous contrôle, mais pas le sien. Malgré les efforts d'Ariste pour s'en libérer, empêché par la ceinture de sécurité, le massage se précisait inexorablement entre ses cuisses.
–    Laissez-vous aller, Monsieur Rebulet, cela vous détendra, vous verrez.
–    Mais ça va pas ! Arrête tout de suite !
–    Monsieur Rebulet, il n'y a pas de mal à se faire du bien...
Pris par la panique, Ariste tenta de décrocher sa ceinture qui ne bougeait pas. Le véhicule se rangea sur la voie de bus pendant que la voix l'exhortait au calme. Finalement l'attache de la ceinture céda et le conducteur, hors de lui, sortit de sa voiture et claqua la porte à toute volée. Des injures plein la bouche, il donna un, puis deux coups de pied dans sa portière, laissant un creux dans la tôle. Il allait porter un troisième coup lorsque l'aile avant de sa voiture éjecta deux pointes reliées au véhicule par un fil torsadé. Elles se fichèrent dans le bras d'Ariste qui, soudain secoué de convulsions, tomba au sol et perdit connaissance. En passant, les autres voitures ralentissaient pour examiner la silhouette allongée, mais gardaient une vitesse suffisante pour que leur souffle rabatte, à chaque passage, le pan de sa veste.

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08 février 2010

Micro-ondable

Micro-ondable.

De "micro", très très petit, et "ondable", transformable sous l'aspect d'une onde. Micro-ondable se dit donc d'un objet auquel on peut donner une forme d'onde dans une très faible mesure. Par extension, le terme désigne tout objet que l'on peut déformer un tout petit peu.

L'observation montre que jusqu'à présent ce terme n'est utilisé que pour certaines nourritures, ou dans certains cas les emballages dans lesquels la nourriture est enveloppée. Je ne m'explique pas pourquoi micro-ondable est usité de façon aussi restreinte. Il doit y avoir un contexte social caché.

Je ne m'explique pas non plus en quoi la capacité d'adopter une forme d'onde dans une très faible mesure serait une caractéristique de choix pour, disons, un plat préparé à base de poulet en sauce avec du riz. Ou même pour un cassoulet au canard. Décidément, je n'ai rien à vous apprendre dans cet article. Je ne peux même pas vous dire pourquoi j'ai choisi ce mot.

Histoire de voir, le jour où j'ai essayé cette intéressante variété de hamburger à réchauffer, réputé micro-ondable, j'ai appuyé dessus un peu. Il s'est déformé. Et puis c'est tout, je l'ai mangé.

Posté par Monsieur_Lepage à 19:49 - Des mots - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

28 novembre 2009

Jouet vivant

Vous savez comme moi ce qu'est un canal télévisé pour enfants. C'est une chaîne télévisée où on peut regarder toute la journée des publicités pour enfants. Les séries de court-métrages sont parfois entrecoupées de dessins animés, ou des choses de ce genre, pour donner à l'aspect commercial plus d'attrait. Ce sont mes chaînes préférées.

Vous avez également remarqué qu'à l'approche de Noël, les programmes sur ces chaînes prennent un tour frénétique. Il n'en reste pas moins que Noël est le meilleur moment pour faire le point sur ce que la technologie moderne offre à notre descendance ; pour la divertir, l'enchanter, l'éduquer surtout.

Ce qui m'a frappé, cette année, ce sont les poupées. Les fabriquants rivalisent d'intelligence pour fournir à nos petites filles des poupées que l'on pourrait confondre avec de vrais bébés. Aujourd'hui, les poupées bougent, elles parlent, elles mangent, elles pissent, elles voient, elles dorment, elles apprennent. L'une de ces poupées a même été baptisée "bébé vivant" (*). Ainsi, les petites filles de maintenant ne seront pas décontenancées lorsqu'elles auront dans les bras un véritable poupon fabriqué par elles-mêmes. On le devine, il reste beaucoup de place pour des progrès supplémentaires. Par exemple, les poupées qui pleurent se calment quand l'enfant les saisit et les berce. Là, on voit bien que c'est du faux. En vrai, un bébé ne se calme que quand on lui fait faire un tour en voiture. Parfois les vrais bébés ne se calment pas du tout. Il serait très formateur de donner aux petites filles des poupées qui font pareil, pour qu'elles apprennent mieux. Livré avec une voiture, ce serait bien. Il faudrait aussi faire des poupées qui doivent être surveillées en permanence. Si au bout de quelques semaines la petite fille veut jouer à autre chose, elle n'a qu'à trouver une place en garderie. Il serait aussi facile de concevoir des poupées qui pleurent jusqu'à ce qu'on les fasse balancer, mais qui gerbent quand on les balance trop fort. Ce serait une manière d'exercice de coordination. On le voit, nous ne sommes pas au bout de nos découvertes dans ce domaine.

Le fin du fin en matière de poupée réaliste serait d'en avoir une qui peut tomber malade. Et dans certains cas, elle ne guérirait pas. De même, la poupée pourrait décéder à la suite de manque de soins, d'un accident ou d'une malencontreuse affection grave. Après : plus de poupée. Le cas serait rare, pour coller à la vraie vie. Ainsi, seules quelques petites filles dans le monde auraient la chance d'apprendre à supporter - ou non - la vue de leur poupée s'éteindre doucement dans la souffrance. Bien sûr, on appellerait cette poupée "bébé mourant". Je comprends maintenant pourquoi jouer à la poupée est réservé aux petites filles. Les petits garçons sont trop fragiles, ils ne tiendraient pas le coup.

 

(*) Je traduis. Par pudeur, sans doute, ce terme n'est pas affiché en français.

Posté par Monsieur_Lepage à 14:33 - Des avis - Commentaires [2] - Rétroliens [0]

02 octobre 2009

La nouvelle génération de lumière

Il y a peu, ma maman m'a offert une lampe de chevet. Pas n'importe quelle lampe de chevet : celle que j'avais petit, en plastique mou, représentant deux chiens de marque célèbre. L'ampoule était à l'intérieur du jouet et les personnages diffusaient doucement depuis leur poitrine.

Bien sûr, j'ai tout de suite pensé à la jeter. Elle était encombrante, pas très efficace et elle était comme tout ce qui nous semblait si sympa il y a trente ans : moche à gémir. Je n'ai pas pu, la valeur sentimentale de cette lampe était trop forte. J'ai mis une nouvelle ampoule et je l'ai utilisée. J'étais obligé, vous comprenez.

Heureusement, plus tard, la lampe a noirci, fondu, et presque mis le feu chez moi, sans compter les vapeurs. Remerciant le sort pour le prétexte, je pus m'en séparer. Je n'ai même pas pleuré. Rien.

Le monde moderne dans lequel nous vivons n'autorise plus, dieu merci, que ce drame se reproduise, que d'anciens enfants soient embarrassés d'objets sentimentaux qui-peuvent-toujours-servir-et-puis-c'est-si-mignon. Les mères d'aujourd'hui ne courent plus le risque d'infliger du matériel antique à leurs ex petites têtes blondes, devenues depuis longtemps de grosses têtes lisses, alors qu'ils espéraient qu'elles avaient fait disparaître tout ça discrètement. Les fabricants, qui pensent à tout, nous ont mis à l'abri en inventant le matériel économique. Je n'ai plus que du comme ça chez moi.

En matière de lampe de chevet, justement, mon marchand d'intérieur en kit me propose un appareil pas cher qui éclaire à l'aide d'une LED plutôt qu'avec une ampoule à filament. La LED consomme moins et dure bien plus longtemps qu'une ampoule classique, c'est donc économique. Mais l'intérêt de cette lampe va bien au-delà.

La LED ne se change pas. Ainsi, la durée de vie de la lampe de chevet est la même que celle de la LED. C'est également la même, du reste, que celle du fil d'alimentation ou de la fiche de courant qui est en réalité un petit transformateur. Si la moindre partie est endommagée, il faut jeter toute la lampe, nous informe la notice. Pour un fabriquant de matériel en kit, il m'a fourni un appareil remarquablement solidaire, je trouve. Je simplifie hâtivement : le pied est démontable.

La vraie économie est là : plus d'ancienne ampoule et d'emballage à jeter, plus d'aller-retour au supermarché pour la remplacer, plus de crise de nerf parce que c'est vraiment pas le jour pour claquer une ampoule. On claque la lampe, par contre. Tout de même, à une époque où il est important pour notre économie de saisir toutes les chances de conserver nos consommables, nous avons ici un moyen de passer au consommable supérieur : au lieu de consommer l'ampoule, on consomme la lampe. Moins souvent, certes, mais au moins l'objet n'est pas aussi éternel que celui que pourrait cacher votre maman dans son grenier, pour vous le mettre dans les mains à votre moment le plus vulnérable. C'est un tour de force. D'autant que dans le cas d'une lampe de chevet, quand elle n'est plus, il faut si possible trouver la même (après des années et quelques changement de collection) à cause de celle de l'autre côté du lit qui a le mauvais goût de fonctionner encore, et elles étaient si bien assorties au reste de la chambre... c'est peut-être le bon moment pour changer la déco de la chambre ? D'une ampoule, on passe à une pièce complète, vous voyez l'intérêt de la chose.

J'attends la prochaine génération d'imprimante qui contient beaucoup plus de papier (recyclé) que les autres, et qu'il suffit de remplacer quand elle est vide. Mais j'y pense : je crois bien que le plafonnier de ma voiture est une LED. Chouette.

Posté par Monsieur_Lepage à 18:14 - Des avis - Commentaires [4] - Rétroliens [0]

11 juin 2009

J'en suis

Juste pour dire, on peut s'appeler Monsieur Lepage, n'être pas copain avec les ordinateurs et être un :

Total Geek
30,6 %


Certifié par le test
http://www.innergeek.us/francais.html

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30 mai 2009

C'est génétique

Ma revue Neuro-Psycho Pour De Rire (NPPDR) est à la revue scientifique ce que le magazine Closer est au journal Le Monde : plus divertissant, plus facile à lire, plus proche de nous et considérablement moins cher. Bref, parfait en temps de crise. Je viens de relire un article capital, très sérieux (NPPDR publie environ deux articles sérieux par numéro, parce qu'il en faut pour tous les goûts) dont je comptais vous entretenir depuis longtemps.

Cet article expose plusieurs théories qui tentent d'expliquer pourquoi il y a plus d'hommes scientifiques que de femmes scientifiques. Il présente notamment des résultats statistiques très éclairants. Je dirais même que ces résultats sont décisifs, et il n'est à mon sens pas nécessaire de chercher plus avant, on perdrait son temps.

Lorsqu'on mesure les aptitudes aux mathématiques des filles et garçons au lycée, les résultats des filles montrent une meilleure moyenne mais une moins grande dispersion. Puisque vous lisez ce blog, vous avez le niveau requis pour comprendre toutes les implications de ce fait. Je vais cependant donner un exemple pour les gens qui sont arrivés ici par hasard.

Imaginons que les capacités mathématiques peuvent aller de 0 à 20. Zéro serait l'absence totale de réponse (comme le coma par exemple) et vingt le génie absolu. On trouverait alors que les notes des garçons vont de 5 à 19, avec une moyenne de 12, et les notes des filles iraient de 9 à 16 avec une moyenne de 13. Donc en moyenne les filles sont un peu meilleures, mais comme les garçons sont très diversement répartis, on ne trouve d'excellentes notes que chez eux. On ne peut donc trouver de génies que chez les garçons. CQFD. Ces résultats prouvent que le génie est génétique : exclusivement masculin. La plupart d'entre nous en étions intimement convaincus, mais il est bon que la science y mette son grain de temps en temps.

Bien entendu, les femmes peuvent être géniales dans d'autres choses. Je sais pas, la couture, le repassage, ou d'autres domaines. Enfin non, pas la couture, les plus grands couturiers sont surtout des hommes. On va dire le tricot.

Ces données sont particulièrement rassurantes pour tous les hommes. Si vous êtes un homme et vous vous sentez nul en sciences, vous pouvez en être fier. C'est grâce à vous que d'autres hommes peuvent aspirer au statut de génie. En effet, le génie n'existe pas sans les millions d'autres personnes non-géniales. Les meilleurs ingénieurs de l'univers, les Shadocks, nous l'ont bien prouvé : si la réussite ne survient qu'une fois sur un million, dépéchons-nous d'échouer neuf cent quatre-vingt-dix-neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf fois. Comme il faut bien des piètres pour faire un excellent, je dis : piètres (mâles) levez-vous et bombez le torse. Sans vous, l'homme n'aurait pas la place qu'il mérite.

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